La vie à la campagne, version débutante

par Aurelie

Cela fait maintenant deux mois que nous sommes installés à la cascina (une ancienne ferme) en dehors de notre petite ville du Piémont. Un niveau supplémentaire dans l’échelle de la vie à la campagne qui est la mienne depuis cinq ans. Loin de tout ce que je connaissais, moi la fille amoureuse des villes.

Eh bien vous savez quoi? J’adore ! Tout ne se fait pas sans heurts, et parfois j’aurais juste envie de descendre en bas de chez moi dans un petit café cosy et regarder les gens passer. Mais ces moments sont rares, et alors j’ai eu envie de partager ici la réalité de mon quotidien, s’il vous venait à l’esprit de partir vivre à la campagne.

J’appartiens à une communauté

Cela peut sembler surprenant, surtout de la part d’une introvertie qui n’aime pas les small talks. Cependant, je dois reconnaître que j’aime  rencontrer d’autres parents lorsque je vais faire trois courses ou à la bibliothèque. Toutes les fins de semaines, en été, la place du centre devient piétonne. Après dîner, jeunes et moins jeunes s’y rendent pour prendre un peu l’air, discuter et saluer les connaissances, les enfants courent partout… tout le monde est dehors, pas devant la télé.

Encouragée par l’exemple de Margarida, j’ai envie d’organiser des rencontres d’enfants bilingues. Ici je suis en contact direct avec l’assesseur à la culture de la ville, la responsable de la bibliothèque et je fais passer le mot les jours de marché. Dans une ville plus grande, je me serais certainement sentie découragée face à des coups de fils à passer, des personnes à convaincre. Ici ma proposition est accueillie comme une opportunité en plus pour la ville, ce qui est positif et encourageant. J’aime ce sentiment d’appartenance et d’échange.

Je me sens en sécurité

Je ne croise pas, comme c’était le cas à Milan, mais plus encore à Aix, des personnes qui pensent pouvoir commenter mes tenues, m’aborder ou me suivre avant de m’insulter si je les ignore. Ici je me sens libre de croiser le regard des gens, de laisser mon fils partir un peu devant sans avoir peur de ce qu’il pourrait trouver au coin de la rue. Le boulanger livre le pain dans les paniers accrochés aux portails. Les vélos n’ont pas d’antivols devant les magasins du centre.

Mon compagnon a grandi ici, dans la ferme où nous nous sommes installés. Il me racontait qu’à l’age de six ans, tout seul, il allait s’acheter une glace en vélo au café le plus proche les soirs d’été. Je n’ai pas eu ce genre d’enfance et j’ai encore un peu peur d’aller me promener seule quand tombe la nuit. C’est toute une liberté à découvrir et apprivoiser.

Je fais encore des choses

Habituée à la richesse de l’offre culturelle de Milan, Paris ou Aix, l’une de mes craintes les moins avouables était de manquer quelque chose. En faisant un premier bilan, je me rends compte que cette abondance d’offre, je n’en profitais pas vraiment. Je savais qu’elle était là « au cas où » mais concrètement je ne passais pas toutes mes journées dans les expos ou mes soirées au théatre.

Ici j’ai moins le choix, alors je dis aussi plus souvent oui, à des choses qui seraient certainement passées au second plan derrière les affiches aux noms célèbres. Concerts de Jazz, promenades botaniques, festivals… Ici je dis oui à tout, même à l’inconnu. Et pour le reste, Milan est à une petite heure de voiture.

fenetre sur le Lac d'Orta

Je peut vivre sans magasins à portée de main

Même sans petite superette en bas de la rue (bon, elle est à 10 minutes en voiture, c’est faisable) nous préparons le dîner et mon bento du midi sans embûches. Et nous ne sommes presque jamais à court de lait – ou de vin. Cela demande un peu de planification, parfois un zeste de créativité s’il manque quelque chose, mais on s’en sort très bien.

J’ai dit adieu à l’anonymat

Cela m’a frappée alors que je sortais de la gare il y a peu, à Milan. J’essayais de me rappeler qui était le jeune homme qui attendait près de moi pour traverser. Il me rappelait quelqu’un. J’ai ensuite réalisé que je m’étais trompée et que je ne connaissais pas ce garçon, mais surtout je me suis rendue compte que cet exercice, je le faisais en permanence dans ma vie à la campagne. Chercher dans les tréfonds de ma mémoire qui est la personne en face de moi, pour la saluer si je la connais, ce qui est certainement le cas. Je suis très tête en l’air et ne souhaite vexer personne, alors j’ai malgré moi intériorisé ce réflexe qui n’est pas très reposant. Se promener sans s’attendre à rencontrer des personnes connues, l’anonymat des villes, me manque parfois.

Je me sens apaisée

Ici on a de vrais dimanches.

Le rythme de la nature est imprimé en nous depuis la nuit des temps. Ici, impossible de veiller tard le soir, c’est si calme (à part les grenouilles de l’étang à côté). Je ne sais pas encore si c’est parce que je suis tout simplement épuisée par le rythme soutenu actuellement, ou si c’est que finalement, je dépose les armes après des années de course effrénée entre Milan, le train, les avions. Toujours est-il que je dors comme un bébé et que je n’arrive à rien faire d’autre pour le moment.

Ici l’expérience sensorielle est ample, et apaisante: chant des oiseaux, odeur du foin coupé ou des champs fumés lorsque la pluie tombe. Le vent et l’humidité qui changent dans la journée. C’est peut être un effet de mon imagination, mais il me semble parfois que je sens venir l’orage. Du moins, j’aime penser que c’est le cas, moi la petite-fille de paysans espagnols.

***

Je vous envoie un grand bouquet de ciel bleu, fleurs de sureau et blé doré

Est-ce que c’est quelque chose que vous feriez, partir de la grande ville pour habiter dans un petit village?

Ou peut-être l’avez-vous dejà fait?

 

 

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Un petit mot?

10 commentaires

Eulalie 7 août 2018 - 1:01

Ton article est très touchant et il pointe du doigt des choses auxquelles j’aspire. Merci pour ce partage !

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Aurelie 8 août 2018 - 10:23

Merci Eulalie, je suis heureuse que cela ait fait écho en toi, ce sont de tous petits détails mais les partager permet de témoigner que la simplicité est a portée de main. À bientôt

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Louise Grenadine 26 juillet 2018 - 8:35

Ton commentaire sur les collines barcelonaises m’a fait rire, et du coup, me voilà ici, sur ton blog, sur cet article qui m’a tout de suite attiré. 🙂

Amoureuse de la ville, comme toi, j’ai envie de partir vivre dans une maison un peu plus loin de la ville, de cultiver mon potager et de retrouver un rythme plus lent. Plus humain.
Assez amusant quand on pense que j’ai passé mes 18 premières années de ma vie en Ardèche, à la campagne en somme, et que je n’avais qu’une envie : vivre en ville. Comme quoi, on change !

Bref, j’ai beaucoup aimé ton article. Cet apaisement de la vie à la campagne, le bruit des oiseaux et l’odeur de l’herbe coupée… c’est ce que j’espère bien (re)trouver dans quelques années. 🙂

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Aurelie 26 juillet 2018 - 9:44

Coucou Louise, merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup (et merci pour les tips je vais commencer l’entrainement du coup).

Et oui, si ado, on nous avait dit qu’on aurait revé de potager et de magasins fermés le dimanche, moi j’aurais doucement rigolé… et je découvre que je ne suis pas la seule, on change c’est vrai !

Retrouver le rythme de la nature, on en revient toujours là. C’est ce que j’aime d’ailleurs beaucoup dans ton blog, les articles liés aux saisons. Je te souhaite de trouver le bon équilibre, beaucoup de belles futures récoltes et de bouquets des champs. A bientot

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Nadège 10 juillet 2018 - 2:10

Ton village a l’air si joli 🙂
J’habite en ville depuis une quinzaine d’années, après avoir passé mon enfance à la campagne, près des vignes et des bois. J’aspire à déménager dans un endroit un peu plus naturel, mais pas en pleine campagne, car mon compagnon et moi ne conduisons pas…

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Aurelie 11 juillet 2018 - 9:53

Hello Nadège ! C’est vrai que je me suis habituée à conduire partout, et mon vélo me sert uniquement à aller faire un tour, pas vraiment à me déplacer et cela me manque … Est-ce que ton enfance à la campagne t’a marquée, t’a imprimé une autre façon de voir la vie ? Oui un peu compliqué comme question, mais je vois à quel point mon compagnon et moi sommes différents, comme s’il avait eu plus d’espace pour penser et développer son intelligence et sa créativité.

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Nadège 12 juillet 2018 - 10:21

Je pense en effet que grandir à la campagne a influencé ma façon de voir et de vivre ma vie. J’étais souvent en contact avec la nature et les animaux, j’avais de quoi m’émerveiller, on prenait notre temps… C’est très différent de la vie en ville, qui a cependant aussi ses avantages, notamment parce que tout (ou presque) est à portée de pieds ou de bus – c’est pratique !

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Aurelie 13 juillet 2018 - 8:13

Oh je comprends tout à fait, prendre le temps. C’est beau que tu portes cela dans tes bagages

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La parenthèse psy 10 juillet 2018 - 9:31

C’est étonnant, je lis mon enfance avec ton article. Le boulanger qui passait, le fait de connaitre tout le monde, d’être en sécurité (pour ma part, il y avait de drôles de chasseurs dont je n’avais aucune confiance), sans magasins et sans remarques ! Et je suis depuis quelques années à la ville (études, vie active) et c’est bien différent ! Je reviens souvent chez mes parents pour profiter de cette campagne ressourçante 🙂

Belle journée,
Line
https://la-parenthese-psy.com/

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Aurelie 11 juillet 2018 - 10:04

Coucou Line,
Eh bien tu vois pour moi cela est assez nouveau, et je crois que si on m’avait il y a dix ans que j’aurais aimé la campagne, j’aurais pris mes jambes à mon cou. Pour moi c’était le coeur de la ville ou rien. Par contre mon papa était né à la campagne et ne manquait pas une occasion de nous porter en balade, et nous parfois on s’ennuyait 🙂 C’est fou comme nos parents plantent des graines qui parfois poussent après des années. Cela m’a fait plaisir de réveiller des souvenirs chez toi (et je confirme moi aussi à la saison de chasse je fais attention aux chasseurs!), c’est peut etre idéalisé mais j’ai le sentiment que c’est vraiment l’enfance que je veux offrir à mon enfant, et un cadeau pour nous aussi.
Belle journée Line

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les mains dans la terre, la tête dans les étoiles
Bienvenue sur Kinoette, un blog inspiré par la nature. Je suis Aurélie, et j'écris ces billets depuis la table de ma cuisine dans le Piémont.

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