Dix ans d’expatriation en Italie: premier bilan

par Aurelie

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C’était la veille de mon premier jour. Je me vois encore à la sortie du terminal 1 de Malpensa, perchée sur mes talons, tirant ma grosse valise rouge bien fatiguée sous le soleil du mois d’aout. Un chauffeur devait venir me chercher et me conduire à l’hotel près du siège. Dans la voiture, la conversation restait banale. Mes mots buttaient trop souvent sur de l’espagnol. Comment rendre alors ce sentiment qui m’habitait? Un mélange de peur, d’excitation et de détachement. Je n’aurais jamais imaginé que dix ans plus tard, je contemplerais encore le soleil couchant sur le Monte Rosa.

Je reçois régulièrement des questions sur mon expatriation, alors j’ai eu l’idée de partager le chemin qui m’a portée ici aujourd’hui. J’espère que cela pourra être utile à ceux qui envisagent un parcours à l’étranger.

Expatriation: pourquoi?

Après avoir obtenu mon MBA aux Etats-Unis, j’ai cherché mon premier travail en France, sans résultats. En élargissant mes recherches à l’Europe j’ai eu beaucoup plus de succès. Mon objectif était d’acquérir une première expérience avant de chercher un job à Paris, l’année suivante. Evidemment, le plan a changé en cours de route. Je suis arrivée ici pour le travail, et suis restée par amour.

Les premiers temps

Les premiers mois ont été très intenses. Je devais acquérir de nouvelles compétences dans un secteur assez technique, en jonglant entre Italien et Anglais. J’habitais dans un hotel impersonnel et triste dans la périphérie de Milan. Je ne connaissais personne, mes amis étaient loin. J’étais sans cesse tiraillée entre mon quotidien vide et le peu de jours où je revivais, en rentrant à Paris voir mon amoureux de l’époque. Je ne m’investissais pas vraiment dans ma vie italienne, car l’idée était de repartir rapidement. Ainsi, après quelques mois j’ai compris que cela ne pouvait pas continuer. On ne peut pas vivre en attendant demain.

J’ai ainsi changé ma vision des choses. Mon expatriation, meme si temporaire, était une chance. Ce n’était pas trahir un projet de retour que de profiter des instants vécus et de tout ce qu’offre la chance de vivre dans un autre pays.

Vivre à Milan

Mes tentatives pour me faire des amis en province ayant lamentablement échoué, j’ai fait le point et me suis mise à chercher une chambre en colocation dans le centre de Milan. Et là, tout a changé. Milan est une ville cosmopolite qui accueille étudiants et professionnels provenant de l’étranger mais aussi des autres régions d’Italie. En peu de temps, mon cercle d’amis s’est agrandit, grace aux connaissances de mes colocs et à ma participation aux soirées rugby du défunt groupe des français à Milan.

De cette façon, ma vie a retrouvé un équilibre, entre temps de travail et de loisirs. Je rentrais le soir chez moi avec l’esprit libre, sans devoir étudier. Complètement déconnectée de mon ordi, et ai abandonné mon blog adoré commencé aux Etats-Unis. Je passais mon temps à sortir, découvrir Milan en vélo, faire des photos, prendre finalement des cours de Japonais, et voyager. Je n’avais aucun programme, aucun projet à long terme. Pour la première fois dans ma vie, je me suis plongée dans le moment présent.

Vivre en Italie

Ainsi en lâchant prise, je me suis imprégnée de la culture Milanaise, et Italienne. Le piège avec une expatriation dans un pays frère comme l’Italie, est que culturellement nous sommes très proches. Notre histoire s’est écrite ensemble. Nos grands parents se sont mêlés. Nos cuisines sont parmi les plus renommées au monde. C’est un piège en effet, car il n’y a pas vraiment de choc culturel. Tout semble assez familier, avec quelques petits bugs de temps en temps mais que l’on oublie vite. On avance ainsi comme dans un monde similaire à celui qu’on a quitté, sans bouclier ni pincettes comme on pourrait le faire en Asie par exemple.

Et pourtant, cela n’est pas si facile de comprendre profondément l’Italie. Noter les différences régionales ou les tabous dans les conversations. Comprendre la vision de la société civile, s’imprégner de l’histoire du XXe siècle très mouvementée ou de la littérature florissante. On pourra très bien vivre des années en Italie en traversant tout cela sans le voir, et se contenter de boire un Spritz en terrasse, se plaindre de la bureaucratie et manger des pizzas. J’ai choisi de prendre mon temps et de regarder pour de vrai, c’est mon coté curieux.

Vivre à l’étranger

C’est cela que j’aime en vivant ailleurs. Il y a tellement de choses à découvrir, une fois que tombe la barrière du « Moi contre Eux ». Apprendre à regarder avec ses yeux sans le prisme de l’amoureuse ou de la conquérante. A parler avec son coeur et à se montrer dans toute son authenticité. Pas comme la Francaise, mais comme Claire (qui soit dit en passant, est mon second prénom, mon pseudo pour cet espace). Sans m’en rendre bien compte, c’est sur moi que j’en ai le plus appris.

Et maintenant

Je ne prétends pas représenter la France ou la culture française, je suis juste Claire, citoyenne du monde qui a été élevée majoritairement en France. Et j’essaie de regarder de la meme façon les personnes qui me font face, en laissant de coté mes lunettes culturelles. Et vous savez quoi? Je me sens plus relaxée et connectée à la condition humaine que nous partageons. Prendre finalement le temps de poser mes valises et mon coeur quelque part a été salutaire. Après avoir cherché à tout prix à m’adapter et me fondre dans la masse, je me sens enfin prête à inventer ma voie, entre la France, l’Italie et le monde. On verra où j’en suis dans dix ans!

***

Est-ce que parmi vous il y a des lecteurs expatriés? Avez-vous pensé à vivre à l’étranger? Qu’est-ce qui vous y pousse? N’hésitez-pas à réagir, c’est un de mes sujets préférés, car derrière chaque projet il y a une histoire, et j’adore les histoires!

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Un petit mot?

7 commentaires

Benjamin T 6 mars 2018 - 8:11

Bonjour « Claire »,
J’ai lu avec attention ton article. J’ai eu récemment une proposition de poste à Alessandria à laquelle je réfléchis sérieusement. Cela implique d’emmener avec moi mon amie et notre fille de 18 mois, sachant que mon amie a ici un poste à responsabilité et que nous avons trouvé de la stabilité dans la ville de Rouen, après de nombreuses années à travailler moi à Paris et elle en Normandie.
Nous avons l’habitude de bouger et je ne crains absolument pas que nous ne puissions nous adapter au pays, qui comme tu l’indiques est en apparence proche du nôtre. par ailleurs il est clair que pour le poste que l’on me propose je devrai apprendre l’italien.
En revanche, ce qui m’inquiète c’est notre capacité à nous faire des amis, du moins des relations sur place. Surtout, nous ne pourrons pas vivre à Milan ou à Turin, car cela ferait trop de trajet pour se rendre à Alessandria et je ne pourrai alors pas profiter de ma famille le soir, ce qui n’est pas l’objectif de ce projet de partir ensemble. Du coup, je me demande s’il sera facile de rencontrer du monde en vivant à Alessandria, Asti, ou quelque autre ville de taille plus réduite de la région. Bien sûr nous essaierons de nous inscrire à des activités comme le tennis, la natation… mais pour autant penses-tu que l’on puisse facilement se faire une place ?
Je suis moi-même Breton, j’ai grandi à Rennes et à Rennes il est facile de rencontrer du monde. A Rouen, c’est possible mais ce sera plus souvent des non-rouennais que des rouennais. Qu’en est-il en Italie et dans cette région ?

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Aurelie 8 mars 2018 - 7:16

Bonjour Benjamin,
Je comprends vos interrogations, très bien résumées par ton message. Cela m’a pris un peu de temps pour te répondre, car même si mon commentaire aura le poids d’une opinion exprimée sur internet, je voulais qu’il soit le plus utile possible. J’habite dans une petite ville du Piémont qui est a une heure de Milan (j’y ai travaillé pendant des années) et du Lac Majeur. J’ai donc accès assez facilement à l’offre culturelle, à des endroits touristiques et jolis. J’ai rencontré des italiens à travers mon compagnon (italien, originaire de la petite ville en question) et mon cours de yoga prénatal (j’ai eu de la chance, deux copines d’un coup). Sinon j’ai beaucoup de mal à me lier aux personnes du coin. Beaucoup ne s’intéressent pas vraiment aux autres, ont déjà leur vie et leurs amis… Par exemple je n’ai aucune copine parmi les mamans de la crèche où va mon fils, et la structure est petite! J’ai démissionné de mon travail à Milan et ai trouvé après quelques mois un poste près d’ici, à l’international. Je revis! Mais j’ai beaucoup, beaucoup cherché et j’ai du faire des compromis car la région n’offre pas beaucoup d’opportunités managériales. De plus lorsqu’on est parent cela devient un peu plus compliqué (les crèches ferment à 16:30, max 18:00 dans ma ville). Je ne connais pas Alessandria, à part le fait que c’est une ville au milieu de « rien ». De la façon dont tu m’as parlé de votre couple et de vos projets, je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter un peu pour ta compagne, que j’imagine énergique, curieuse et intelligente. Que ferait-elle la-bas? C’est vraiment une ville de province isolée…
Avez-vous la possibilité de venir à Alessandria quelques jours pour vous faire une idée?
Si tu en as envie nous pouvons correspondre via e-mail ou Twitter, je me mets à votre place et je comprends que ce ne soit pas une décision facile. Mon avis vaut ce qu’il vaut bien évidemment, mais j’ai cherché à être le plus sincère possible, car je sens que nous avons un profil similaire par certains aspects – une famille curieuse, ouverte à la mobilité, avec des plans de carrière. J’espère avoir été un peu utile, et peut être à bientôt alors. Aurélie (Claire :))

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Benjamin T 10 mars 2018 - 10:29

Bonjour Aurélie,
Merci beaucoup pour ton retour qui m’éclaire réellement. Les opinions exprimées sur Internet peuvent avoir plus ou moins de poids, en l’occurrence j’accorde de l’importance à la tienne car effectivement je pense que nous avons des profils similaires. Comme me dit ma copine tu l’as bien perçue 😉
Nous viendrons à Alessandria début avril pour nous rendre compte par nous-mêmes, ce n’est malheureusement pas possible avant. J’imagine un peu cette ville comme Le Mans, pas loin de Paris, pas loin de Rennes, mais un peu au milieu de nulle part et avec une population locale et peu mobile, peu de gens venant de l’extérieur. Résultat, si tu es de là-bas ça peut être super d’y vivre, mais si tu y débarques à 30 ans passés, c’est plus dur. D’autant plus que ni elle ni moi ne parlons Italien pour l’instant… Si j’acceptais la proposition, je devrais négocier des cours d’Italien pour elle.
Je ne veux pas abuser de ton temps, mais puisque tu le proposes je suis effectivement preneur de ton adresse e-mail pour te poser quelques questions supplémentaires. Je pense que tu as la mienne via ce message.
Notamment, je sais qu’à Rouen nous avons tous les 2 rencontré du monde grâce au sport : ma copine avec son club de badminton et moi avec le tennis que je pratique intensément, j’imagine qu’en Italie c’est également un moyen de rencontrer du monde.
Merci encore, ton message a beaucoup refroidi mes ardeurs mais cela m’a ouvert les yeux.
Benjamin

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Aurelie 22 mars 2018 - 9:44

Benjamin, je t’ai écris un e-mail sur l’adresse utilisée en commentaire, restons en contact avec plaisir. À bientôt, Aurélie

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Laura de BBxMarmotte 11 juin 2017 - 3:38

Wahou, dix ans ! Félicitations pour ce parcours 🙂 Moi je suis expat depuis bientôt deux ans en Pologne. Avec mon copain, on est partis pour trouver du travail et c’est ici qu’on a atterri ! On s’était dit qu’on resterait un an seulement et puis on est toujours là 🙂 Je ne sais pas si l’on restera encore longtemps alors j’ai du mal à m’investir vraiment (pour apprendre pour de vrai la langue par exemple). Mon copain cherche un job de pilote alors on ne sait jamais où l’on pourra être par la suite ^^ L’Italie doit être un beau pays, nous n’avons visité que Rome mais qu’est-ce qu’on a aimé !

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Aurelie 11 juin 2017 - 8:04

Je suis allée plusieurs fois en Pologne, une de mes amies de master est de Varsovie. Ce qui m’a le plus impressionnée c’est cette sensation de grande émulation économique que je ne trouve ni en France ni en Italie. Moi aussi quand j’ai débarqué ici je pensais rester un an et tu vois où j’en suis 😉 cependant l’Italien est bien plus facile que le Polonais je te le concède, cela a été plus facile de m’investir au quotidien et aussi émotivement … Ton copain pilote quoi? Moi aussi j’ai un toqué de vol à la maison mais pour les loisirs (parapente et paramoteur). Je croise les doigts pour vous alors, je suis sûre qu’une belle opportunité va se présenter! A bientôt 🙂

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Laura de BBxMarmotte 11 juin 2017 - 8:23

Merci pour ta réponse 🙂 Oui c’est vrai ce que tu dis à propos de la Pologne, je suis d’accord. Pour la langue, je pense aussi que le fait que mon copain soit français ne me pousse pas à apprendre la langue comme toi tu as fait 😛 Sinon pour la question, mon copain pilote des avions ^^ Merci beaucoup pour tes vœux 🙂 Je te souhaite aussi beaucoup de réussite dans ta vie italienne ! A bientôt 🙂

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Bienvenue sur Kinoette, un blog inspiré par la nature. Je suis Aurélie, et j'écris ces billets depuis la table de ma cuisine dans le Piémont.

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