En cuisine pendant le confinement

par Aurelie
pain au levain

Depuis début mars, alors que nous nous sommes progressivement tournés vers l’intérieur – de notre foyer, de nos peurs, de nos désirs -j’ai noté un changement profond dans mon approche à la cuisine. Je pensais n’avoir pas grand chose à découvrir sur le sujet. Dans la représentation que j’avais de moi, j’étais celle qui privilégie les ingrédients de qualité, consomme local et de saison, prépare des recettes simples et pragmatiques.

Plus de deux mois de confinement à ne voir que mon compagnon et mon fils. En tout, trois sorties à l’extérieur pour les visites obligatoires de la grossesse. A ma grande surprise, mon cerveau a utilisé ce moment plein de doutes pour me donner mille idées gourmandes, l’envie de les tester – et le temps de les créer.

La créativité m’a surprise où je ne l’attendais pas, m’offrant une magnifique occasion de faire la paix avec l’image que j’avais de moi comme cuisinière. Dans toute cette incertitude qu’est 2020, je remercie du cadeau et tente ici de partager quelques clés de réflexion personnelle qui n’engagent que moi.

cuisine confinement

Mon approche de la cuisine: simplicité, modestie, vulnérabilité

Travailler à plein temps, et vivre avec deux omnivores lorsqu’on est végétarienne n’aide pas à trouver la motivation pour élaborer des plats sophistiqués. Ou pour se lancer dans l’expérimentation – je suis la seule à saliver à l’idée d’un curry coco. Ainsi à la maison j’ai toujours privilégié les plats simples et les ingrédients peu transformés. Cependant j’ai réalisé ces jours-ci que sous ces discours pragmatiques et sensés se cachait une autre raison, plus profonde.

Je vis dans le pays qui symbolise à l’étranger, mais aussi dans chaque trattoria et au sein de tous les foyers, l’art de la bonne bouffe. Je vous en parlais ici, je découvre de nouveaux légumes, plats ou trucs de cuisine en permanence. Chaque mamma a son secret pour faire la salsa al ragù parfaite, chaque village sa spécialité gastronomique. Dans ce contexte, en débarquant ici en 2006 avec ma cuisine d’étudiante un peu ethnique, je n’ai pas rencontré beaucoup de succès. Mes plats étaient appréciés mais comme on apprécie une incartade à la « vraie cuisine ». Je me rends compte que toutes ces années, j’ai porté en moi un complexe d’infériorité face au palais italien qui a progressivement miné ma confiance et ma créativité en cuisine. Plutôt nul pour quelqu’un qui aime créer et manger, non?

Le confinement comme un espace hors du temps

Voilà que depuis deux mois ma cuisine est devenue mon laboratoire d’expérimentations, pour un tout un tas de raisons que j’ai tenté de lister.

Cuisine de confinement: deux repas chaque jours, il faut bien varier les plaisirs.

J’ai ainsi sorti mes livres de recettes que je me contentais jusqu’alors de feuilleter pour l’inspiration avant d’abandonner, découragée, faute d’ingrédients ou de temps.

J’ai des ressources limitées

Mon amoureux va faire les courses une fois par semaine, il faut optimiser les produits d’épicerie et trouver comment faire durer légumes et fruits plusieurs jours. Je jette moins de nourriture que d’habitude et cela me rend très fière et motivée. Cela avait toujours été mon problème: les yeux plus gros que le ventre, trop peu de temps.

J’ai tout rangé

Alors que notre dispensa débordait de conserves de câpres solitaires, vieux paquets de flocons d’avoine et restes de biscuits, j’ai commencé par faire un inventaire et trouver des idées pour vider un peu tout ce bazar. Si notre futur devait devenir celui de Walking Dead, pas question de jeter quoi que ce soit. Il fallait aussi de la place pour les stars de la dispensa: passata di pomodoro, pasta, riz et farine 🙂

J’ai du temps

L’activité de mon employeur est en suspend et je serai bientôt en congé maternité. Ainsi je peux me permettre de faire des recherches, imaginer, regarder des vidéos de techniques inconnues jusqu’alors.

J’ai faim

Je suis dans mon dernier trimestre de grossesse et je n’ai jamais eu autant envie de manger des cookies.

Mais surtout, et c’est là le point qui m’intéresse le plus: en confinement la cuisine a repris un peu de cette sacralité qui manquait dans mon quotidien hors du foyer.

confinement cuisine

La nourriture, de l’amour à partager

Alors que le jardinage a une place importante dans ma vie – et mon moral – il reste une activité solitaire. Je n’y avais jamais songé. Avec le confinement je découvre la cuisine à quatre mains (dont deux sont de petites mains maladroites qui m’apprennent la patience).

Je prends tellement de plaisir à feuilleter mes livres de recettes! Je trouve des idées sur pinterest, je fais des variations ou des mix, je note tout sur un carnet taché de chocolat.

Voir que mes plats sont appréciés, que tout ce temps et cet amour sont partagés le soir autour de la table, teinte cette période si particulière de souvenirs inoubliables – les derniers mois à trois.

Le parfum du gâteau aux pommes, parfum du foyer

Dans ce contexte économique et social inquiétant, tout ce qui me relie au concret m’aide à me recentrer. Je n’ai jamais autant eu besoin de créer de la douceur et de la paix entre nos murs. Une protection qui a le goût de pain au levain et un parfum de gâteau aux pommes.

J’ai encore cette peur en moi – de rater, de m’attaquer à des choses trop compliquées, de gâcher de la nourriture. Mais j’ai décidé de passer outre, dans la limite du raisonnable – j’utilise des ingrédients simples, facilement trouvables ici histoire de ne pas me mettre trop de pression. Et vous savez quoi? Ca fonctionne. Presque tous mes plats, gâteaux, biscuits et pains sont bons. Les ratés sont presque tous mangeables (ce que je considère un succès). Certaines recettes sont délicieuses (en toute modestie) et je les ai refaites plusieurs fois.

Cela vous semblera peut-être ridicule, cette émotion face à une focaccia réussie. Mais pour moi, qui vis presque toujours « dans ma tête », cultiver tout ce qui me relie fermement au corps et au concret est une victoire. Une victoire qui m’ancre dans le temps. Le temps de faire naitre un levain avec juste de la farine et de l’eau (quelle magie quand on y pense). Faire ramollir le beurre, de préparer des épinards à peine cueillis, d’apprendre à observer le doré d’un biscuit. Le temps d’imaginer des mariages de saveurs et de trouver des équivalents pour remplacer un ingrédient. Ne pas suivre la première recette trouvée sur internet – je l’ai appris depuis peu, les recettes online sont souvent du grand n’importe quoi. Je l’ignorais, du moins, je n’y avais jamais pensé!

Hier soir sur le canapé Dario m’a surprise à lorgner du coté de kitchen aid et thermomix sur internet. Il m’a dit: « cette période finira, tu sais, et notre vie redeviendra certainement comme avant ». Je ne sais pas…

***

Est-ce que je pourrai devenir une vraie amoureuse de la cuisine, lui faire de la place dans ma vie déjà bien remplie, sur le long terme? Je m’interroge. Mais cette nouvelle confiance en mes capacités, je ne veux pas la perdre. Est-ce que vous aussi, vous avez découvert quelque chose sur vous-même et vos blocages durant cette période si difficile?

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Bienvenue sur Kinoette, un blog inspiré par la nature. Je suis Aurélie, et j'écris ces billets depuis la table de ma cuisine dans le Piémont.

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